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HONG KONG GODFATHER: Tsui Hark

Jet Li, Johnnie To, Chow Yun Fat, Yuen Woo-Ping, Leslie Cheung, autant de figures emblématiques du cinéma de Hong Kong qui ont pour point commun d'avoir une renommée injustement plus conséquente que celle de leur maître : TSUI HARK.

C'est en Février 1951, au Vietnam, que naît le personnage le plus important du cinéma asiatique et plus particulièrement du cinéma HongKongais. Après avoir poursuivi des études supérieures aux Etats Unis, Tsui Hark veut devenir réalisateur de documentaire. Sa première œuvre sera d'ailleurs un documentaire évoquant les constructions de chemins de fer US par des chinois : "From Spikes to Spindless".
Après ce premier essai assez anodin, Tsui Hark rentre à Hong Kong et s'apprête à devenir l'un des hommes les plus inventifs, illuminés, capricieux et charismatiques du 7éme art.

Tsui Hark

L'énorme choc que va générer son troisième film "L'enfer des Armes" va définitivement lancer une carrière somptueuse qui semble ne jamais s'essouffler, même si elle peut paraître parfois incompréhensible.
Tsui Hark (prononcez " TCHOI HAK ") est un personnage à multiples facettes, absolument ambigu et dont le manichéisme confronte aussi bien son talent divin pour flairer les bonnes affaires que ses méthodes de travail diaboliques.
Attention, c'est homme est dangereux. Il peut aussi bien réaliser des films mettant en scène un acteur belge aux fesses casse-noisette que réaliser des purs chefs d'œuvres. 1991- “Dragon Gate Inn”. 1994 – “The Lovers”. 1995 –“Dao / The Blade”. 2001 – “Legend of Zu“.

Cette diversité extrême n'est pas de l'inconscience ou du mauvais goût (même si le kitsch ne l'effraie pas, 2002-ERA OF VAMPIRES) mais relève simplement d'un flair absolument fantastique.
Après avoir fondé sa propre boîte de production en 1984 la "Film Workshop", il produira en 1986 celui qui deviendra bien plus populaire que lui : John Woo.
Avant cette rencontre divine, John Woo était un petit réalisateur de comédies qui voulait avoir les moyens d'exprimer sa rage à travers son projet "A Better Tomorrow". Tsui Hark fut tout de suite emballé par ce script (même s'il essayera au passage de remplacer Chow Yun Fat, Ti-Lung et le regretté Leslie Cheung par trois femmes dont Michelle Yeoh à la place du héros) et cette collaboration consacrera Tsui Hark comme un producteur de génie et John Woo comme le nouveau roi du film d'action (ces places de leaders seront consolidées par les deux autres bijoux de leur collection : "A Better Tomorrow 2" (1987) que John Woo ne voulait pas réaliser et surtout "The Killer" en 1989).
John Whoo
Cependant, le flair du maître ne s'exprime pas seulement dans les bureaux mais aussi derrière les caméras, si bien qu'en 1990, il réalisera le plus mythique des films d'art martiaux, s'inspirant de l'histoire la plus célèbre des légendes chinoises, qui avait déjà été conté dans 77 films : l'histoire du grand docteur maître ès art martiaux : Wong Fei Hung. Et pour jouer son héros, il va confier le rôle au multiple champion junior de Wushu : Jet Li, qu'il avait dirigé en 1990 dans l'exécrable "The Master".
Tsui a vraiment frappé un grand coup avec cette production/réalisation qui semble plus accessible au monde entier que ses précédents films, "Zu, les guerriers de la montagne magique" (1983) et "Chinese Ghost Story" (1987), même si le film est avant tout fait pour prouver qu'il est le roi de Hong Kong et que les films de John Woo ne peuvent pas tenir la comparaison avec ce mythique film qu'est "Once Upon A Time In China" (OUATIC).
Hélas, pour beaucoup, "The Killer" est classé plus haut dans le panthéon des grands films que ce OUATIC, tout simplement parce que le film d'action est plus apprécié que les films d'art martiaux, même si le très tonique Jet Li paraît évidemment plus convaincant dans un film d'action que le grassouillet Chow Yun Fat et l'homosexuel Leslie Cheung. En 1994, Tsui Hark va faire appel à Ringo Lam pour réaliser le très gore "Burning Paradise" (Le Temple du Lotus Rouge) et par la même faire accéder ce réalisateur à la nouvelle vague des jeunes réalisateurs chinois en vogue. Les multiples coopération de ce dernier avec Jean-Claude Vandame, si elles n'ont pas été concluantes, lui ont surtout permis de s'enrichir ; chose que Tsui Hark a tout de suite compris en imitant cette démarche qui va lui permettre de se situer sur la carte du cinéma US et surtout de gagner les fonds nécéssaires à la production de deux projets qui vont révolutionner le cinéma actuel :
Once upon a time in China
- "Legend Of Zu" - 2001 -, réponse à "l'Episode I" de Star Wars
- et"Time And Tide" - 2000 -, sorte de "The Killer" moderne, à savoir un film d'action très stylé graphiquement novateur.
Ces deux perles laveront Tsui Hark de toutes les insultes récoltées après ses coopérations belges.
En 1994, 1995 et 1996, Tsui Hark va enchaîner les films (12) et parmi ceux-là, on notera les coups gagnants que seront le très romantique "The Lovers" (1994), le très amusant "Chinese Feast" (1995), et le très haletant "Shanghai Grand" (1996) - film pour lequel il confiera la réalisation au jeune Poon Man-Kit et les premiers rôles à deux dandys pas vraiment prédestinés aux films mafieux : Andy Lau & Leslie Cheung. Ce pari risqué s'avèrera payant et le film excellent -.
Mais le film qui va tout écraser sur son passage est l'hallucinant "Dao/The Blade" (1995) qui est le wu xia pian (film de sabre) et le film le plus culotté que Tsui Hark n'ait jamais réalisé. En effet, reprendre le célèbre mythe du sabreur manchot et confier le rôle au méconnu Chiu Man Chuk paraissait être un suicide, et une tentative de réactualiser le coup de OUATIC, mais Tsui Hark va encore plus loin en créant un film qui va bouleverser les codes qu'il avait lui-même établi dans ses précédents wu xia pian. La femme, créature pure et d'une innocence immaculée inhérente à ses oeuvres se transforme ici en une goulue à tendance nymphomane ! Qui plus est, la façon dont est filmé "Dao/The Blade" est absolument en décalage avec tous les films essayant de rendre le héros charismatique à coup de plan fixes. Ici, le film ira très vite et sera tourné caméra à l'épaule. Le résultat est époustouflant et à voir absolument.
Voilà donc quelques exemples du flair et des couilles qu'a eu Tsui Hark tout au long de sa carrière ; sans oublier l'histoire de "Zu, The Warriors Of The Magic Mountain" (1983) : les effets spéciaux du film, qui était à l'époque le plus gros budget du cinéma HK seront confiés à des étudiants sans expérience provenant d'écoles de design.
Mais ce flair et cette quasi-inconscience qui fait de lui un être exceptionnel est aussi associé au pire caractère humainement possible. Si Tsui Hark n'hésite pas à redresser des navires à la dérive, il n'hésite pas non plus à imposer sa marche de conduite. Sa créativité, son flair et son sens de l'improvisation - il a récemment avoué ne plus se servir du story-boards, ou alors sporadiquement - cohabitent avec son culot, sa mauvaise foi et la rancune qu'il ressent à chaque fois qu'il est surpassé médiatiquement par celui qu'il emploie (John Woo, Jet Li...). Tout le monde à HK sait qu'il aime tout décider "You are God, you are creating something from zero, from scratch" (Tsui Hark) et personne ne l'a jamais pris au sérieux lorsqu'il s'obstinait à dire qu'il voulait laisser travailler ses réalisateurs tranquillement. Le très beau "Dragon Gate Inn" (1991), soit-disant réalisé par Raymond Lee, a été supervisé par Ching Siu-Tung, le pantin péféré de Tsui Hark, celui qui obéissait au maître lors de la série "Chinese Ghost Story" (1987, 1990 & 1991).
Et lors de la réalisation de "Big Heat" (1988), il n'hésitera pas à virer le réalisateur pour mettre à sa place Johnnie To, aujourd'hui à la mode avec "The Mission", film très "tarantinesque".
L'excellent Time & Tide

Voilà, Tsui Hark a tellement apporté au cinéma asiatique, de par ses films et les talents qu'il a lancé ou relancé, que même une petite production indépendante suisse avec le duo extraterrestre Chevalier & Laspallès et la gerbante Elodie Bouchez ne saurait salir celui qui devrait être connu comme "The Hong Kong King" et non "King Kong" - son surnom ironique et raciste qu'on lui avait attribué lors de sa scolarité américaine au Texas -.
De plus, il serait fort logique d'arrêter d'appeler Tsui Hark le "Steven Spielberg asiatique" car ce dernier n'a ni les couilles, ni le caractère et surtout ni le talent de son homologue chinois ; il a juste plus de moyens.

Dominique Guye…

Pour les personnes désireuses de découvrir un nouveau cinéma, procurez vous les films mentionnés dans cet article, je pense avoir fait un panorama assez complet des œuvres majeures de Tsui Hark. (Je voudrais rajouter les excellents « Peking Opera Blues » -1986- , « Swordsman I & II » -1990 & 1992- et l’amusant « Twin Dragons » -1992-).